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La mauvaise réputation L’utilisation de l’abeille noire par les apiculteurs a fortement reculé car elle a la réputation d’être agressive et de produire peu de miel. L’abeille noire n’est certes pas une abeille docile. Pour certains, cette capacité à se défendre, cette réactivité au stress, est même un avantage car elle oblige les hommes à adopter des pratiques apicoles qui respectent sa nature. Des scientifiques ont montré par ailleurs que ce sont surtout les abeilles hybrides, issues des croisements entre abeilles importées et abeilles noires, qui sont agressives et difficiles à manipuler. Quant à son supposé faible « rendement », les connaisseurs avancent qu’il est largement compensé par sa frugalité, le peu d’interventions qu’elle nécessite et sa régularité, les butineuses noires travaillant aussi par mauvais temps et étant plus performantes sur les floraisons précoces et tardives.

 

L’importation massive d’essaims Du fait de cette réputation d’abeille nerveuse et peu productive, et en l’absence de marché local d’abeilles noires, les apiculteurs professionnels français se sont tournés vers l’importation de sous-espèces aux rendements plus importants à court terme: l’abeille italienne (Apis mellifera ligustica) dans les années 30, pour butiner le colza; l’abeille caucasienne (Apis mellifera caucasica) dans les années 50, leurs trompes plus longues pouvant butiner le trèfle; la Buckfast, une souche issue de multiples croisements, opérés par un moine dans l’abbaye du même nom. Il n’existe aucune mesure légale nationale ou européenne qui permette de réguler ces importations d’un point de vu génétique. Certains états, notamment l’Italie dont les abeilles sont les plus utilisées dans le monde pour l’apiculture, n’ont aucun intérêt à une telle réglementation. L’hybridation, ou métissage, qui résulte de ces importations, participe pourtant à la fragilisation de la sous-espèce locale. Croisées avec des abeilles moins autonomes et moins adaptées au milieu, les abeilles hybrides sont plus faibles et demandent davantage de soins et d’entretien. À terme, ces abeilles métisses risquent de ne plus comporter ni les caractéristiques initiales de l’abeille importée (docilité et rendement), ni les capacités de résistance de l’abeille noire.

 

La pollinisation est fondamentale pour la biodiversité et l’agriculture. 80% de la pollinisation est effectuée par les hyménoptères (abeilles, guêpes, bourdons). Ce sont eux qui transportent le pollen (poudre contenant les cellules mâles) des étamines sur le pistil qui renferme les ovules (cellules femelles), permettant ainsi la fécondation et la transformation des ovules en graine et du pistil en fruit.

 

 

Protéger l’abeille noire, pourquoi ? Intérêt patrimonial Cette sous-espèce existe depuis un million d’années; il s’agit d’un patrimoine génétique à préserver et à transmettre aux futures générations et à tous les acteurs de l’agriculture. Intérêt écologique Les pollinisateurs ne sont pas interchangeables : ils ne vivent pas dans les mêmes milieux ni aux mêmes périodes de l’année et butinent des fleurs différentes en fonction de la longueur de leurs trompes. Plus adaptée au climat local, l’abeille noire va vraisemblablement assurer une pollinisation plus constante, régulière et variée que les sous-espèces importées. Intérêt économique Plus résistante, d’une grande longévité, l’abeille noire demande moins d’entretien aux apiculteurs et sa production de miel est plus régulière. Elle est adaptée à une apiculture sédentaire pollinisant les milieux et les cultures 365 jours par an.

 

Comment ? En accélérant la transition vers un modèle agricole national et européen qui ne repose plus sur le tout-pesticide et les engrais chimiques mais favorise la biodiversité et la viabilité du métier d’agriculteur. En revalorisant les qualités de l’abeille noire auprès du grand public, des pouvoirs publics et des apiculteurs. En encourageant l’élevage de reines et la production locale d’essaims auprès des professionnels. En favorisant des pratiques apicoles respectueuses de sa nature indocile. Des apiculteurs très attachés à ses qualités d’animal sauvage souhaitent au contraire éviter toute sélection opérée pour les besoins d’une apiculture productiviste fondée sur des stratégies d’intensification des rendements. En créant des conservatoires d’abeilles noires, comme il en existe une quarantaine en Europe, une zone définie au sein de laquelle les colonies d’abeilles sont préservées dans le respect de l’espèce: absence de transhumance (les ruches ne sont pas déplacées), de sur-nourrissement (les abeilles ne sont nourries avec des sirops sucrés uniquement en cas de besoin et à hauteur de ce qui est prélevé uniquement), et d’importations d’abeilles non locales. En décembre 2015, la FEDCAN, la Fédération européenne des Conservatoires de l’abeille noire a ainsi été créée. Elle regroupe une dizaine de conservatoires en France ains que POLLINIS et Lionel Garnery, chercheur du CNRS, spécialiste de la génétique de l’abeille noire.

 

Pour en savoir plus Sur l’abeille noire, la FEDCAN, les conservatoires d’abeilles noires, l’action de POLLINIS pour les pollinisateurs, et pour trouver une liste des ouvrages de référence: www.pollinis.org